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L’inclusion, c’est permettre, selon la définition officielle, à un citoyen d’être pleinement acteur de la société . Appliqué au « digital », le concept n’est pas facile à mettre en place.

Le 13 septembre 2018, le gouvernement a présenté son plan national pour un numérique inclusif et lutter contre ce qu’il appelle  “l’ illectronisme”, avec une dotation de  15 millions d’euros, un financement, un accompagnement de tous les acteurs du numérique et l’ objectif de former 1,5 millions de personnes. Il proposera aussi la création d’un Pass Numérique permettant de se voir dispenser plusieurs heures de cours pour la formation à tous ces outils.

Une Baudruche sémantique ?

S’agit-il, pour reprendre l’expression d’Alain Bentolia sociolinguiste à l’Université Paris Descartes, d’une baudruche sémantique ou est-on dans une évolution concrète et réelle ? L’écriture inclusive, le numérique inclusif, l’école inclusive, et plus généralement la république inclusive, cette notion sociologique est le nouveau concept politique à la mode, depuis 2017, utilisé dans chaque présentation d’une nouvelle réforme. L’inclusion pour l’expliquer simplement c’est d’abord le contraire de l’exclusion. C’est permettre, selon la définition officielle à un citoyen d’être pleinement acteur de la société ». Récemment, l’absence d’auxiliaire de vie à la rentrée pour les enfants handicapés, était l’exemple d’une république se disant inclusive dans l’intention mais pas dans les faits. Les mots en politique sont lourds de sens, surtout lorsqu’il s’avère que l’intention est feinte ou vaine.

« Pour trois personnes du même âge,

il y aura celle qui aura la capacité de se connecter à internet,

celle qui n’aura pas d’abonnement internet

et le cadre supérieur encore en activité très à l’aise avec ces technologies »

 

La société digitale voulue et encouragée par le gouvernement, cette société 4.0 de demain concernera aussi les Séniors et l’illettrisme numérique risque d’être la prochaine exclusion sociale dans le futur. Selon le site Solidarum.org, 78 % de ceux qui n’utilisent pas internet ont plus de 60 ans.

Le numérique devient un facteur de marginalisation accélérée, selon Denis Pansu, coordinateur de la fondation Afnic qui soutient des projets liés au numérique.

Cette exclusion n’est pas pour autant tranchée, comme on pourrait le croire. La digitalisation, autre mot devenu à la mode ces dernières années, renferme de nombreuses situations bien différentes qu’il faut savoir distinguer. Un Sénior de 60 ans, ouvrier spécialisé, pourra être très à l’aise avec un logiciel d’impression 3D et ne pas savoir utiliser son Smartphone. Le facteur âge pour définir l’illettrisme numérique est un élément parmi d’autres auquel s’ajoutent, la santé, le niveau de vie et le degré  d’isolement. Le défi ne sera donc pas simple et il repose sur une diversité d’actions.

L’exemple repris par Denis Pansu est très éclairant. Certes les Mooc (les formations à distance et gratuites par internet), sont une véritable passerelle vers la connaissance numérique. Mais pour trois personnes du même âge, il y aura celle qui aura la capacité de se connecter à internet, celle qui n’aura pas d’abonnement internet et le cadre supérieur encore en activité très à l’aise avec ces technologies. Il est certain que les industriels et les grandes sociétés du digital vont devoir relever un défi majeur et être capable de moderniser leur offre tout en restant  « inclusifs » pour les Séniors. Voitures connectées, logements connectées, frigos connectés, ce futur passe aussi par toute une génération de Baby-Boomers arrivant à la retraite et peu à l’aise avec les technologies de l’ère du 4.0.

Faciliter les apprentissages

Dernièrement, de nombreuses Start Up se sont créés pour faciliter l’apprentissage du digital. Dans l’environnement des villes, des espaces de collaboration se voulant intergénérationnels secondent les institutions officielles, aux allures un brin vieillottes et désuètes. Toute une Silver économie va se développer ces prochaines années pour une mise à niveau des savoirs du numérique…. cette façon de travailler en espace ouvert, dite Coworking est une idée qui là  encore doit passer la barrière redoutable des habitudes. Si elle est très appréciée par les jeunes, on peut penser qu’il ne s’agit pas d’une pratique bien ancrée dans les mœurs chez les séniors et surtout les plus isolés. Beaucoup d’entre eux sont parfois peu enclins à se confronter aux turpitudes urbaines, même à sortir de chez eux. Il y a là peut –être un axe de réflexion majeur pour la société de demain et  l’inclusion des Séniors dans le défi du numérique, reposant sur la mobilité de ces derniers.

En fait, c’est toute une Silver économie qui va se développer ces prochaines années pour une mise à niveau des savoirs du numérique et de l’inclusion des Seniors. Cet investissement de 15 millions d’euros pourrait avoir des effets de leviers majeurs s’il est bien utilisé en créant notamment une Silver économie du numérique autour de l’apprentissage des savoirs.

Voir par ailleurs notre article sur les centres de formation autour de la Silver Economie.

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Denis Pansu sur le site Solidarum.org.

Définition de l’inclusion sociale.

“L’inclusion sociale consiste à faire en sorte que tous les enfants et adultes aient les moyens de participer en tant que membres valorisés, respectés et contribuant à leur communauté et à la société... »

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